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Délibérations du 6 mars 2003 : Avis du Conseil municipal sur le projet d'agglo
Lors de la séance du Conseil Municipal en date du 14 novembre 02 nous avions fait connaître nos remarques sur le projet d’agglomération mis en chantier par la Métro. Document important qui fixe l’orientation de l’action de la Métro pour la décennie à venir, il s’établit dans le cadre d’un dialogue, d’abord au sein de la Commission Intercommunalité de la Métro, puis dans un échange entre les communes et l’EPCI dont elles se sont dotées.
Nous sommes invités à faire connaître notre sentiment à l’égard de document dit « avant projet ».
Sans vouloir prétendre à une lecture serrée d’un document dense et riche, je vous propose d’émettre quelques remarques qui touchent au fond de la démarche, remarques touchant à des aspects qui me semblent peu ou mal pris en compte en l’état actuel de la rédaction du texte. Ces remarques portent sur :
question de méthode
la question du territoire pertinent
la manière dont il faut gérer ce territoire
la lecture de l’espace urbain
la question des déplacements
le développement humain
conclusion
 
Question de méthode
Avant d’entrer dans l’examen de ces différents points, il est une question de méthode qu’il faudrait soulever :
Comment pourra-t-on mesurer les effets de la démarche engagée ?
Ou plutôt sur quels critères évaluera-t-on qu’on a mené à bien cette démarche ?
La quantification de quelques objectifs, la mise en exergue de la cohérence des orientations proposées (par exemple : montrer que la réalisation de la Rocade nord contribue à l'amélioration de la desserte du cœur de l’agglomération par les transports en commun), les résultats attendus en matière de cohérence sociale, économiques, écologique etc ….. apparaissent nécessaires pour donner à ce projet un caractère politique fort : quels objectifs nous fixerons-nous ? sans doute cet exercice de définition de l’objectif devra s’appuyer sur une lecture critique des exercices similaires précédents.
Par ailleurs, cet exercice nous conduirait nécessairement à remettre la population qui vit sur ce territoire au cœur de notre démarche, car ce que nous proposons met naturellement l’accent sur ce qui est porteur d’avenir (développement des micros et nanotechnologie, équipement de prestige, etc…) au risque d’oublier qu’il y a aussi à prendre en compte ce qui facilite la vie de nos concitoyens ( à ce titre le tramway péri-urbain est aussi important que la desserte TGV).

Question de fond.
Au delà de ce point de méthode, il y a une question de fond préalable à débattre : faut-il inscrire cette démarche dans la continuité ou faut il l’inscrire dans une stratégie de rupture, comme nous le souffle Claude Jacquier dans ses premiers commentaires du 9 février 2003 ?
L’inscrire dans la continuité me paraît comporter au moins trois grands risques. Le premier est de continuer à faire comme si la Métro était le territoire suffisant pour penser l’avenir de notre agglomération. Le second serait d’oublier le poids extraordinaire du financement public dans ce qui fait la dynamique grenobloise. Or le cadre est en train de changer, poids de l’Europe, affaiblissement de l’Etat, voire son désengagement. Le troisième serait de continuer à tourner le dos à la montagne. Pour sortir de cette situation, il nous faut adopter résolument une stratégie de rupture qui nous conduise à ouvrir des chantiers refusés jusqu’alors, refus conjuguant la volonté d’autosuffisance des uns (Grenoble grande capitale des Alpes) au conservatisme des autres.
Nous avons en mains les moyens, compte-tenu des richesses dont nous disposons, d’inventer un autre type de développement urbain.

La question du territoire pertinent
Cette question concerne plusieurs aspects évoqués tout au long du texte qui nous est soumis.
La première question est celle de la taille de notre agglomération. Ce débat a été lancé à l’occasion de la demande d’adhésion des 4 communes du sud grenoblois : Varces, Vif, St Paul de Varces et Le Gua. Vous savez que cette demande n’a pas obtenu la majorité requise pour la permettre : une partie des conseils municipaux qui n’ont pas approuvé cette démarche l’a fait au prétexte d’absence de réflexion préalable sur le territoire pertinent de la Métro.
Cette question est à la fois pertinente et impertinente. L’aire géographique à l’intérieur de laquelle nous devons penser le devenir de notre agglomération est d’évidence celui de la région urbaine, or ce territoire est lui-même en train d’évoluer, puisque une cinquantaine de communes viennent de demander leur adhésion au Syndicat pour l’élaboration et le suivi du schéma directeur de la région grenobloise. Il nous faut donc réfléchir et travailler avec les EPCI qui composent ce vaste territoire. Dés lors, la question est de savoir si il faut inscrire dans le marbre les frontières des EPCI nées de la loi Chevènnement ou si il ne faut pas plutôt considérer que l’organisation actuelle est le fruit d’un moment de l’histoire, et que les réalités vécues par les habitants de la RUG conduiront nécessairement à une remise en cause du paysage actuel. Dire quand cela se produira est prématuré, et, en tout état de cause, vain. Il est toutefois de la première importance d’accepter le principe de l’évolutivité de ces limites ne serait-ce que pour être en mesure de mettre sur pied les structures de gestion qui s’avèreront nécessaires comme se sont avérées nécessaires naguère les créations de toute une série de syndicats intercommunaux.
Par ailleurs, cette question du territoire pertinent trouve toute son acuité quand on s’interroge sur les rapports de la ville au sens large à la montagne.
Elle le trouve aussi quand il s’agit de réfléchir sur les risques de ségrégation sociale qui tend aujourd’hui à se transformer en ségrégation spatiale : la manière dont est abordée aujourd’hui la production de logement accessible (social ou locatif intermédiaire) est éclairante.
Au delà, il faut rappeler que le devenir de la Métro se joue aussi dans le cadre du Département, du Sillon Alpin ou de la Région pour parler des niveaux territoriaux qui par la réflexion ou l’action qu’ils conduisent ont une influence directe dans notre évolution.
Cela ne doit pas nous faire oublier qu’il faut se soucier de nos rapports avec l’Etat (à ce niveau, notons que ce lien est assuré par les parlementaires) et avec l’Europe (a ce stade il convient de souligner la quasi absence de lien avec ce qui se passe au niveau de l’Union Européenne).
La manière dont il faut gérer le territoire.
La tendance actuelle est d’utiliser le terme de gouvernance pour traiter de cette question. Ce terme a un inconvénient, celui de donner à penser qu’il y aurait une manière neutre et rationnelle (donc susceptible d’action scientifique) de gérer un territoire. Nous voulons rappeler que la gestion d’un territoire est affaire de politique au sens fort du terme : rechercher le bien commun, qui implique la participation du citoyen.
Dés lors que l’on admet que le territoire de la Métro ne se comprend pas de manière figée, ou à tout le moins que nos limites actuelles ne sont qu’une entrée sur la réalité que nous vivons, il faut savoir mettre en place les outils nécessaires pour assumer cette approche.
Tout d’abord, il convient d’engager la réflexion dans le cadre de notre communauté d’agglomération. Quelle est la place de la communauté, celle des communes, celle des instances de participation citoyenne : conseil de développement, association représentative des habitants, instance de participation citoyenne telle que les conseils de quartiers. Gouverner la communauté d’agglomération, c’est pouvoir décrire le plus précisément possible la place qui est faite à chacun, le rôle de chaque instance dans le processus de décision. Cette réflexion peut aujourd’hui être conduite à la lumière des premières années de fonctionnement et devrait nous permettre de mieux servir la réalité communautaire.
Au delà des questions internes à la vie de la communauté, se posent celles liées à la façon dont nous entendons gérer la région urbaine. Si la conception du devenir de la RUG est de la compétence du SMESSDRG, la mise en œuvre des actions et de la compétence des EPCI qui le composent doit nous conduire à travailler en partenariat avec les EPCI qui nous entourent. La mise en œuvre d’une telle démarche exige que l’on sache dialoguer à tous les niveaux des organisations, que l’on sache mettre en œuvre une force de conviction (qui doit trouver son fondement dans le présent projet) suffisante pour obtenir l’adhésion de nos partenaires. Rendre cela possible, c’est faire en sorte que notre projet indique clairement les compétences ou les objets sur lesquels les partenariats sont recherchés.
La lecture de l’espace urbain
Deux points sont à évoquer sous cette rubrique : le premier celui de la densité, le second celui de la ségrégation sociale.
La question de la densité doit être au cœur de la réflexion que nous conduisons dans le cadre du projet, car nous sommes d’une part dans une région où l’espace se raréfie, et d’autre part le mouvement de péri-urbanisation risque de mettre en péril la capacité de l’espace urbain à répondre aux attentes de ceux qui l’occupent que ce soit par la dispersion de la ressource fiscale et la dilution des moyens de répondre aux besoins (voir par exemple le patrimoine scolaire) ou que ce soit du fait de la pollution de l’air ou des encombrements quotidiens qui peuvent mener l’agglomération à l’asphyxie. Réaffirmer que la ville doit être dense, compacte et par là source de diversités voire d’invention du quotidien par la confrontation d’expériences diverses, voilà la base de la capacité que nous pouvons avoir de conduire un projet ambitieux autrement qu’en parole.
Cette ambition ne peut être que renforcée par le refus de ségrégation sociale qui insidieusement s’installe dans le vécu de notre territoire. On ne peut pas nier que de ce point de vue il est urgent d’agir, même si la mise en place de procédures telles que le GPV et le Pic Urban sont intéressantes. On peut regretter que leur mise en œuvre se fasse sur des secteurs trop délimités pour permettre une prise en compte globale de la démarche nécessaire pour lutter contre cette ségrégation qui menace la cohésion de notre agglomération. Au delà de ce qui est en notre pouvoir, qui exigerait que les actions sus mentionnées ne soient pas que des actions communales, il est nécessaire d’ouvrir le débat avec les communes voisines et leurs EPCI. On ne peut pas laisser se développer une péri urbanisation de villas autour de la ville. Il est nécessaire qu’en la matière les responsables politiques parlent d’une seule voix, la charte du Sillon Alpin sur l’aménagement de l’espace ouvre des perspectives intéressantes de ce point de vue.
La question des déplacements
On ne peut pas parler du fonctionnement d’un espace urbain sans aborder la délicate question des déplacements. Celle-ci se pose au moins à trois niveaux : celui de la proximité immédiate des quartiers, celui de l’agglomération, niveau interne, et celui du lien avec les autres territoires, niveau externe.
Au premier niveau, il faudrait poser la question de l’accessibilité, certains parlent de ville douce. Il s’agit de rendre la ville accueillante non seulement aux handicapés mais aussi à toute personne qui, notamment du fait de l’âge, ne peut plus utiliser l’espace urbain comme le font les personnes valides.
Au second niveau, il convient de réfléchir sur le développement de la desserte, que ce soit pour les modes doux ou les transports en commun. Au delà de la démarche classique sur les modes, ne faut-il pas affirmer qu’il y a une autre manière de vivre la ville que celle qui conduit la population active à se mouvoir dans le même laps de temps. Faut-il se satisfaire que la région urbaine qui se targue à juste titre d’être à la pointe du développement technologique et scientifique vive ces déplacements comme elle les vivait au début du 20ème siècle (et encore, elle disposait d’un réseau dense de tramway) ? Bien entendu, poser la question, c’est formuler la réponse. Cela doit nous conduire à remettre en cause tant notre approche de l’offre transports en commun (la TAG, comme compagnie de taxi ?) que notre rapport au temps. Pourquoi ne pas ouvrir un bureau du temps qui pourrait prendre à bras le corps cette question pour éviter que nous ayons à surdimensionner nos réponses ?
Le troisième exige que l’on pense les relations de la Métro en trois dimensions : le péri urbain, le régional et le national. Il faut pour les liens avec les communautés voisines mettre en œuvre un réseau de tramway péri urbain sur le modèle de ce que nous envisageons pour la liaison Grenoble Moirans ou sur celui du tram train pour le sud (la question sera alors de la pertinence de l’investissement). Pour le péri urbain plus lointain comme pour le niveau régional, il est nécessaire de poursuivre les partenariats financiers avec la Région comme nous avons commencé à le faire dans le cadre de la communauté de transport ; enfin pour le niveau national il est nécessaire de travailler avec l’ensemble des agglomérations de la région pour faire de la gare de St Exupéry un véritable « hub » ferroviaire.
A ce niveau de réflexion, il est deux questions qui nécessiteraient à elles seules de longs développements : celle du transport des marchandises, que nous le posions soit sous l’angle de la problématique de desserte de l’agglomération qui manque cruellement de plateforme logistique, soit sous celui de la traversée des Alpes remise en cause par l’audit commandité par le Ministère des transports, et celle de la desserte de notre agglomération par les voies aériennes.
Enfin, on ne saurait évoquer la question des déplacements sans dire un mot de la rocade nord et de son objet principal : le tunnel sous la Bastille. Il apparaît nécessaire de mener à bien toutes les études, il sera souhaitable de s’interroger sur son financement qui en tout état de cause devrait être supporté par l’ensemble de la région urbaine et demandera l’engagement d’autres partenaires. Le coût d’un tel ouvrage doit nous conduire à examiner avec attention le problème dans son ensemble.
Pour terminer, nous ne pourrons pas ne pas faire part de notre inquiétude à la lecture des informations émanant du rapport des experts : l’autoroute A48 est déclarée prioritaire. Rappelons qu’elle reliera Ambérieu à Coiranne et que donc elle ramènera sur notre région urbaine un flux supplémentaire de voitures en provenance du Nord de l’Europe. Cette réalisation prévue en 2015 risque de rendre nécessaire l’aménagement de l’A51 et donc de poser de manière cruciale la question de la traversée de l’agglomération grenobloise (projet de tangentielle Nord-Sud). L’agglomération ne peut pas rester silencieuse devant de tels projets ni admettre de voir ses propres projets de développement mis à mal par une décision unilatérale.
Le développement humain
Au delà de tous ces points, il nous faut centrer le projet d’agglomération sur ce qui est in fine, au cœur de la réflexion : l’habitant, le citoyen. Tout ce que nous envisageons n’a de sens que si cela conduit à réaffirmer la place centrale que chacun doit tenir. Cela renvoie à toute une série d’interrogations sur la formation (de la place de l’école qui se doit de réaffirmer sa vocation première de formation dans un cadre qui doit privilégier l’excellence, au développement de l’Université, pierre angulaire du rayonnement de notre agglomération et base de son dynamisme économique), sur l’habitat, sur la place que doivent tenir les équipements culturels et sportifs, sur l’attention que nous devons porter à notre environnement …
Faut-il ici rappeler que notre agglomération s’est constituée malgré un cadre naturel hostile. Chaque fois les hommes ont su renverser à leur profit les aléas naturels, qui rendaient leur implantation improbable, le meilleur exemple en est fourni par le détournement de la force catastrophique des torrents qui est devenue la base de l’essor sous le nom de houille blanche.
Construire une agglomération accueillante aux hommes qui l’habitent, c’est prendre conscience des facteurs qui, si on ne les affronte pas, peuvent nuire aux hommes. C’est à partir de cela, construire une dynamique sociale et culturelle qui fasse des facteurs apparemment négatifs autant d’occasion d’enrichissement que nous ferons une agglomération ouverte à l’autre, à l’étranger, à l’immigrant.
Construire une ville humaine, c’est donner à l’action publique ses lettres de noblesse, c’est permettre à chacun, par la mise en place d’institutions adéquates, de prendre part au développement. Faire de chaque habitant, un citoyen à part entière simplement parce qu’il réside, c’est donner à notre agglomération une chance supplémentaire pour affronter les défis d’aujourd’hui et de demain. Cette réflexion devra faire une place toute particulière aux femmes pour ne pas stériliser les capacités d’innovation et de création, cela doit entre autres nous amener à réfléchir sur l’organisation du temps social qui, dans sa forme actuelle, est surtout une manière de les exclure de la vie publique.
Conclusion
Le regard que jette le Conseil Municipal d’Eybens sur le projet d’agglomération tel qu’il nous est proposé se veut constructif tout en étant exigeant. Nous voulons que ce document inscrive notre agglomération au cœur d’une problématique de territoires en cours de redéfinition pour libérer les énergies des habitants reconnus comme citoyens, c’est à dire comme capables de participer à la prise décision collective qui détermine leur avenir.
Nous avons voulu l’évolution de notre SIVOM en communauté de communes puis en communauté d’agglomération parce que nous faisons le pari de l’action commune et de l’intelligence collective, parce que nous avons, par là, affirmé une fois de plus notre confiance dans la capacité de chaque homme.
 
 
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