"On allait en Savoie par le train
de l’est pour échanger nos tickets de chocolat contre
des rutabagas. Après on m’a placé comme ouvrier
cultivateur pour dix kilos de pommes de terre et dix kilos de blé
par mois. A la fin, on ne me donnait plus de pommes de terre parce
qu’ils les vendaient au marché noir lyonnais. Alors je
n’avais plus rien, j’avais juste dix kilos de blé.
C’était dur..."
Charles Scabarelli
"Il y avait un manque de tout, d’habits. Il fallait s’organiser.
On avait une paire de chaussette pour deux. Je me souviens que le
matin c’était le premier qui se levait qui enfilait la
paire de chaussettes."
Jeanne Lamothe
"Les miliciens et les Allemands
faisaient des contrôles sur les places, dans les rues, dès
qu’ils voyaient deux ou trois personnes. Ils venaient, ils demandaient
des renseignements. Il y en a beaucoup qui se sont fait cravater et
sont partis en déportation, et les autres le savaient. Les
Juifs savaient qu’untel s’était fait prendre...
Alors ils se cachaient. Nous habitions le Val d’Eybens au dessus
du café-restaurant-épicerie. Dans toutes les villas,
il y avaient une famille juive parce que quand les allemands ont supprimé
la zone libre, Lyon ça craignait beaucoup. Les Juifs sont venus
à Grenoble, dans les environs, parce qu’il y avait la
montagne. Ils avaient trouvé des refuges.
Le patron du restaurant, c’était un ancien prisonnier
de la guerre de 14-18, donc il n’aimait pas les Allemands. Pour
les Juifs ça craignait d’aller faire leurs courses en
ville, à Grenoble. Il y avait beaucoup de contrôles et
de rafles. Ils étaient surveillés. Alors, ils restaient
ici. Quand ils avaient une nouvelle, qu’ils avaient reçu
un renseignement, une lettre ou autre chose, ils faisaient vite un
petit mot comme ça et quand ils se trouvaient à l’épicerie,
ils le passaient."
Emile Pras (Eybens) |
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