La résistance
est souvent associée aux maquis. On oublie fréquemment
qu’elle fut aussi présente dans le monde industriel,
les administrations et les services publics. Elle nécessita
également des activités de transmission d’informations
et de ravitaillement. Des hommes et des femmes de tous âges
y ont participé.
“Notari est venu me voir, il m’a dit : Il faut vite foutre
le camp car tu es recherché. Et mon gosse avait deux jours
! C’est là où je pars au Maquis. Le premier mai
je rejoins à pied le commandant Julien. (...) J’ai atterri
à Monchaffrey, je suis resté une quinzaine de jours
et j’ai fait pas mal d’opérations avec eux. (...)
Les brigadiers Lauroz et Mury avaient rejoint le maquis de l’Oisans
quand on avait donné l’ordre de partir. Parce que quand
la police est partie, la première fois on devait prendre un
car. J’avais été chercher 200 litres d’essence.
On avait préparé le car, embarqué toutes les
armes de la police pour monter avec. Le fusil mitrailleur était
installé sur le car. Enfin bref on devait partir le matin et
on était tous prêts. Un ordre qui revient : on ne part
plus, rentrez vite chez vous, terminé, rayé, il n’y
a plus de départ. On partait en car, on allait prendre une
ramassée à Vizille à tous les coups, oh malheur
! (rires) (...)
Et le deuxième départ de la police, alors là,
il a fallu partir à pied. Moi j’ai rejoint Montchaffrey.
Ensuite on est monté au Luitel parce qu’il a fallu décrocher
: on ne peut pas dire qu’on était bien situé pour
se planquer, alors Julien a fait dégager le camp, on est parti
avec tout le barda et l’on est monté dans les baraquements
des Chantiers de jeunesse au Luitel. (...)
Là au Rivier, on a fait une section. Il y avait vraiment une
section de la police. On était bien une trentaine. Alors il
y en a qui faisaient la popote et puis moi ils viennent me chercher
: Tu n’es pas affecté là, il faut que tu viennes,
tu es affecté comme chauffeur du capitaine Lanvin. Bon, me
voilà reparti. Je me suis présenté à Lanvin.
C’était le 16, 17 mai à peu près. Mes interventions
: conduire Lanvin dans tous les postes avancés.
Le lendemain, un autre contre-ordre : tous les flics qui étaient
partis devaient descendre, retourner en ville parce que la Gestapo
les cherchait. Il n’y avait plus un flic à Grenoble ou
alors quelques uns mais le noyau, le gros noyau était parti.
Il a fallu redescendre et Lanvin les a fait déchausser pour
garder les chaussures, et ils sont rentrés à Grenoble
pieds nus ! (rires)
Ils lui en ont voulu, ils n’ont jamais accepté ce truc-là."
Raymond Bornat (Eybens)
Durant la période de l’Occupation,
Raymond Vincent travaille aux P.T.T. où arrivent parfois des
lettres de dénonciation à l’intention de la Gestapo
ou de la milice :
"Le télégraphe-téléphone était
au premier et au rez-de-chaussée, il y avait le service postal.
Alors là, on avait l’occasion de discuter et on se trouvait
à la table d’ouverture. Les sacs qui arrivent sont vidés
sur cette table et chacun range ses lettres pour les faire trier après
par les facteurs. Là quand on voyait une lettre de dénonciation
-on en voyait pas tous les jours parce que ça n’arrivait
pas tout le temps- vite on la mettait de coté et c’est
bon, ça partait. On en prenait deux, trois, on les mettait
dans notre sacoche et on s’en allait, puis on les passait à
René Surle, notre responsable, qui les détruisait."
Raymond Vincent
Marcel Buisson explique
que la ferme familiale ou se trouvait aussi le café de ses
parents était un important lieu de stockage de matériel
destiné au maquis.
"C’était une camionnette de la viscose qui amenait
des tracts, des vêtements, des armes. C’était la
nuit. J’aidais mon père à cacher ces armes sous
le plancher dans le grenier. Il n’y a que moi qui savait...
Tous ceux qui partaient au maquis passaient au café pour prendre
des armes. Lejczak de la Viscose, mon frère René, Louis
Racca, Eugène Fagniel venais souvent. Fagniel faisait la liaison
avec mon père et le maquis. Avant sa mort, il était
venu chez nous prendre des armes. Ils étaient très amis.
Plus tard, on a créé le challenge de boule Fagniel/Buisson.
Quand les maquisards passaient, ils dormaient dans le grenier. Après
lorsque les Allemands brûlaient les fermes sur le plateau de
Saint-Nizier, mon père a voulu effacer toutes les traces du
passage des maquisards. Je me souviens que l’on avait étendu
toutes les couvertures dans les champs. Marcel
Buisson |
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